Bien le bonsoir cher lecteur (oui je mets au singulier car j’ai le sens de la triste réalité….)
Ce soir, bien confortablement blottie sur ma chaise dans ce grand bureau froid, je viens te narrer ma dernière aventure CMP-esque. Encore une fois, anthologique. J’te sens fébrile alors je vais direct in the goal.
Jeudi 5 mars avait lieu, à 40 km du CMP où je travaille, une réunion destinée au nouveau personnel de l’EPSM (alsa know as : “Etablissement Public de Santé Mentale”. A savoir tous les services de psychiatrie du coin.), ayant embauché entre le mois de juin 2008 et le 5 mars 2009. Et votre servitrice Bibi en fait partie. Or, problème, le jeudi, je travaille. Pis le jeudi, c’est réunion de synthèse, là où qu’on cause de nos patients et autres péripéties que t’as envie de partager avec l’équipe. Alors bon, je vais voir mon petit chef de service (que j’aime bien, tiens, j’vais lui donner un nom. Alors…. on l’appellera “Le-gentil-Chef-de-Service”, vous en pensez quoi ? C’est tout à propos hein ?), et je lui demande ce qu’il en pense, si je dois absolument assister à la réunion ou si je peux m’en dispenser, étant donné que c’est loin et pas super folichon comme programme. Il me répond “non non allez-y, faudrait pas vous mettre à mal avec le chef des paramédicaux, déjà que vous êtes pas dans ses petits papiers…. Pis dites-vous que je vous envoie en mission…” (Tiens ca me fait penser que je t’ai pas parlé, mon ami, de mon embauche et de ma rencontre avec ce fameux chef des paramédicaux qui se la pète à mort… j’y reviendrai donc…)
Alors, bon voilà, le jeudi 5 mars, je quitte mon home sweet home à 7h45 pour aller à l’EPSM, déjà bon hein, tu vois, c’est tôt, tout ça, et en plus, il a neigé toute la nuit, temps de fripouille montagnarde, bref, pas motivée la Pétro. J’y vais quand même. En chemin, je me perds, je rate la sortie de l’autoroute, bref, je devais arriver à 8h30, j’arrive à destination à 8h45. Bon cela dit, j’arrive, et la salle est vide. Ben oui en fait ça commençait à 9h. J’m'a dépêchée pour que dalle. Merdoum.
Je m’installe, je fumouille une clopouille et fait connaissance avec une jeunette qui était arrivée tôt et qui bosse en cuisine à l’hôpital psychiatrique de là où c’est loin de chez moi. Déjà là je me dis “que va-t-on pouvoir me raconter que je n’ai en commun avec cette demoiselle, charmante au demeurant, mais travaillant en cuisine à l’autre bout du département…?”. La question était posée.
La réunion commence, on nous distribue un programme. Et là, la question précédemment posée semble tout à fait d’actualité : rien ne semblait vraiment me concerner.
La réunion débute donc avec 20 minutes de papotage sur le bureau des ressources humaines de l’EPSM (qui ne se trouve pas du tout là où je travaille…). S’en suivent :
- 20 minutes sur le protocole d’admission des patients à l’hôpital psychiatrique. A savoir que tu dois remplir le papier rose, puis le transmettre au service, qui te rendra le document bleu, que tu dois faire tamponner…. bla bla bla…. et les effets personnels du patient, ya un protocole à respecter, le coffre, le trésor public, patin couffin. Oui ok, sauf que nous, on n’accueille aucun patient. Donc ca ne me concerne pas.
Puis :
- 20 minutes sur la pharmacie de l’hôpital psychiatrique. Comment retirer des médicaments ? Quels formulaires remplir ? Quels délais pour obtenir des préparations ? Les horaires d’ouverture ? Là encore, du vide pour moi qui ne médique aucun patient. Toute façon, on ne parlait toujours pas de nos locaux.
Puis :
- 20 minutes sur le protocole d’évacuation de l’hôpital psychiatrique en cas d’incendie, ou de fuite de gaz. Où se trouvent les alarmes ? les extincteurs ? Les bip anti-agression ? Mais ça concernait quoi ? L’hôpital psychiatrique, bien entendu, donc toujours peaud’zob pour nous.
Puis :
- 20 minutes sur les futurs nouveaux locaux de l’hôpital psychiatrique, qui ouvriront dans 3 ans, enfin si tout va bien, et yaura 163 lits, et ce sera beau, ce sera bio, ce sera écolo, tout sera trop bien super youpi. Oui mais ça ne nous concerne pas. Là je bouillais déjà pas mal.
Puis :
- 20 minutes (par THE BIG BOSS en chef) sur l’organigramme de …. j’vous l’donne en mille : l’hôpital psychiatrique. Avec la totale : le nom des personnels, leur numéro de poste pour les joindre, leurs emplois du temps “elle travaille de 8h à 12h puis de 14h à 16h”…. arghlll…. ça ne finira donc jamais ?
Puis : (et là c’était le bouquet je crois… le florilège….)
- 20 minutes animées par le chef de la cantine. Qui nous a narré son expérience, ses cahiers des charge, tous les régimes auxquels il devait faire face, le matériel super trop bien youpi qu’il aura quand le nouvel hôpital psychiatrique il aura ouvert en 2177…. et surtout… surtout…. surtout…. le drame. SON drame. Il a pris l’air grave, le monsieur. Il rigolait pu, et je te jure que c’était pu du tout youpi tralala. Là, tu sentais qu’il mettait le doigt sur un véritable cauchemar pour lui, et à en croire son introduction, pour TOUT le personnel et les habitants de….. l’hôpital psychiatrique. A savoir que : A l’hôpital psychiatrique, ils font de super bons gratins, et aussi de délicieux croque-monsieur. Exquis qu’il a dit, et faits maison avec leurs petites papattes (ils sont 16 en cuisines, enfin entre 12 et 14 mais 16 personnels mais bon, faut que ca tourne, il nous a expliqué.) Bref revenons à nos gratins. Quand ces fameux gratins et croque-monsieur sortent des fours de la cuisine, ils sont dorés, croustillants, et (important) à 180°, pas plus pas moins. Alors, ils les placent en barquette, parce qu’ils sont obligés, c’est la norme 1041 ou un machin comme ça, là où on te dit que ça doit être du plat individuel, tu vois. Niveau économie, comme ça, tu comptes en barquettes, et hop, pas de pertes. Et c’est là que ça se corse, parce qu’en plus de la barquette, ils sont obligés de mettre…. un film plastique dessus. Et oui, norme sanitaire qu’il a dit le monsieur. Donc, je récapitule : gratin ou croque-monsieur doré et croustillant, mis en barquette avec un film plastique dessus. Et là, le gars, il dit “et c’est ça tout notre problème : avec la chaleur, ca fait de la condensation, qui s’écoule sur le gratiné, et le gratiné, ben il est pu gratiné, il est mouillé. Et c’est moins bon. Le croque-monsieur devient une véritable éponge. C’est un problème insoluble tant que nous serons soumis aux normes 1041.”
Larme à l’oeil par tant de conscience professionnelle. Respect. Le gars qui s’émeut sur son croque-monsieur mouillé, franchement, chapeau. J’applaudis.
Mais là, ce fut trop pour moi. Et j’ai dit stop. Une fois la feuille d’émargement signée, je me suis taillée, barrée, cassée. J’ai tracé la route, j’ai filé, je me suis sauvée et j’ai fui. Grands Dieux. Sainte Marie Mère de Jésus. Cette journée de meeeeeeeerde me rendrait presque pieuse. C’est te dire.
Depuis jeudi, je n’ai pas recroisé le Chef-de-Service- Gentil. Juste vite fait tout à l’heure dans un couloir où je lui ai dit “Monsieur le Chef-de-Service-Gentil, le 5 mars, c’était vraiment un vilain traquenard….” Il m’a fait un clin d’oeil et m’a répondu l’air candide “Oh comme je suis surpris…. j’ai hâte d’entendre votre compte-rendu à la prochaine synthèse !”. Je sens que ça va être la grosse marrade, à la prochaine synthèse, parce qu’alors, chef de service en face de moi ou pas, je ne macherai pas mes mots !
J’attends également avec impatience une feuille d’appréciation de la journée, que la super secrétaire des RH doit nous envoyer pour qu’on dise ce qu’on a pensé. Et ça aussi mon petit pote, j’ai deux trois trucs à dire.
Je suis moyennement motivée pour te raconter mon embauche avec le Petit-Chef-Qui-Se-La-Pète. Je reporte donc cette tâche à plus tard. Synchronisation des montres. Parker Lewis, Dieu ait ton âme, tu as rendu ma jeune adolescence heureuse et rieuse. Pourquoi je dis ça moi ? Il est tard, on va mettre ça sur ce compte-là. Oui mêdême, 21h06 c’est tard pour moi.
Alors, petit lecteur perdu que je ne reverrai probablement jamais, je te salue bien bas et te dis “ASTA LA VISTA BABY”
Affectueuses caresses orthophoniques sur ton épiglotte,
Pétronille.