Rendez-vous chez l’orthophoniste

13 septembre 2009

De l’été qui se termine enfin…

Filed under: Nos chers collègues...,Nos chers patients... — rdvchezlorthophoniste @ 18:45

Oui mes enfants, je suis probablement la seule au monde à être heureuse que ces putain de vacances d’été s’achèvent. Contente que les gosses retournent bosser. Pas seulement les miennes, de gosses. (Parce que, oui, on les aime bien ces petites chouquettes, mais 24/24 à la maison, ya un moment où tu te dis “faut que l’école reprenne et viiiiiiiiiiite”) Non je parle même des gosses que je vois au travail.

En fait, tout vient de…. (musique lugubre…) L’ETE AU CMP….

Et là, c’est le drame.

L’été au CMP, c’est la mort. Pire que ça même, la mort avec la souffrance avant, celle où que tu as bien le temps de comprendre que tu vas avoir trèèèèèèès mal et que tu vas même pas pouvoir t’en tirer. Le désespoir du mec qui veut se pendre mais qu’a pas de corde… L’horreur totale. Paris Hilton sans son clébard minable.

En fait, au CMP l’été, ya personne. Pas de gosse (ben nan, ils sont pas cons, ils sont en vacances, EUX). Pas (ou peu) de collègues (Eux aussi ils ont compris qu’en été il fallait s’en aller LOIIIIIIIIIIIIIIN). Pas de chef (idem que les autres hein, j’te la refais pas…). Bref, t’es tout seul comme un con. Et le pire, c’est que t’es OBLIGE d’être là parce que tu dois répondre au téléphone qui sonne peu mais qui sonne quand même et que tu sais pas quand il va sonner. Alors tu restes, fébrile, devant ton combiné, comme un gros con qui a pas pris ses vacances au bon moment. Et si tu te dis que tu vas rentrer chez toi plus tôt, et ben tu peux être sûr que c’est à ce moment-là, quand t’es pu là, qu’ya un mec qui appelle et qui, le traître, laisse un message sur le répondeur du genre “Ah ben il est 16h, je suis surpris que personne ne réponde…” Et là, toi, à moins que tu sois encore le con qui se tape la permanence le lendemain, tu l’as dans le petch parce que TOUS tes collègues vont savoir qu’à 16h, yavait pu personne alors que c’est sensé (ou censé…?) fermer à 17h.

RAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH.

T’as aussi le coup du “Ouf j’ai bientôt terminé ma journée.” Genre il est 16h45, tu pues la transpiration parce que le CMP il est tout vitré et qu’en été ça fait effet sauna mais sans le maillot de bain. Tu as le regard rivé sur le téléphone et/ou sur la petite pendule où tu vois défiler les secondes avant ta libération…. et là tu entends la porte s’ouvrir et un petit “excusez-moi”…. Tu te penches, et tu aperçois une dame et sa fille, ado. Tu vas à leur rencontre “oui que puis-je pour vous ?” (genre t’as pas très envie mais t’es polie quand même). “Voilà ma fille me menace depuis plusieurs jours de faire une tentative de suicide et j’ai découvert aujourd’hui un cocktail de médicaments dans sa table de chevet, elle m’a dit qu’elle était prête à se tuer, mais ouf, elle a accepté de venir en urgence au CMP pour être un peu écoutée et aidée, c’est la pédiatrie de l’hôpital qui nous envoie”….

Merci, la pédiatrie.

“Alors oui je vais voir si une psychologue est disponible….”

Tu erres dans les couloirs. Les salopes, elles se sont toutes cassées.

“Ecoutez, je vais vous recevoir car mes connasses de collègues sont indisponibles.”. Et là, tu reçois une gamine de 13 ans qui te balance que :

1. elle veut se tuer.

2. son beau-père abuse d’elle.

3. elle a eu son premier rapport sexuel avec son copain en juin et depuis elle a pu ses ragnoutes.

4. elle veut quitter sa mère et aller vivre avec son mec qui tient un harras de chwal dans le Jura.

Ok. Ton objectif premier, évidemment : régler cette affaire en moins d’un quart d’heure. Tu voudrais pas faire d’heures supp’ quand même….

Pétronille

10 mars 2009

De la réunion d’information aux nouveaux arrivants…

Filed under: Nos chers collègues...,Notre chère administration française... — rdvchezlorthophoniste @ 20:07

Bien le bonsoir cher lecteur (oui je mets au singulier car j’ai le sens de la triste réalité….)

Ce soir, bien confortablement blottie sur ma chaise dans ce grand bureau froid, je viens te narrer ma dernière aventure CMP-esque. Encore une fois, anthologique. J’te sens fébrile alors je vais direct in the goal.

Jeudi 5 mars avait lieu, à 40 km du CMP où je travaille, une réunion destinée au nouveau personnel de l’EPSM (alsa know as : “Etablissement Public de Santé Mentale”. A savoir tous les services de psychiatrie du coin.), ayant embauché entre le mois de juin 2008 et le 5 mars 2009. Et votre servitrice Bibi en fait partie. Or, problème, le jeudi, je travaille. Pis le jeudi, c’est réunion de synthèse, là où qu’on cause de nos patients et autres péripéties que t’as envie de partager avec l’équipe. Alors bon, je vais voir mon petit chef de service (que j’aime bien, tiens, j’vais lui donner un nom. Alors…. on l’appellera “Le-gentil-Chef-de-Service”, vous en pensez quoi ? C’est tout à propos hein ?), et je lui demande ce qu’il en pense, si je dois absolument assister à la réunion ou si je peux m’en dispenser, étant donné que c’est loin et pas super folichon comme programme. Il me répond “non non allez-y, faudrait pas vous mettre à mal avec le chef des paramédicaux, déjà que vous êtes pas dans ses petits papiers…. Pis dites-vous que je vous envoie en mission…” (Tiens ca me fait penser que je t’ai pas parlé, mon ami, de mon embauche et de ma rencontre avec ce fameux chef des paramédicaux qui se la pète à mort… j’y reviendrai donc…)

Alors, bon voilà, le jeudi 5 mars, je quitte mon home sweet home à 7h45 pour aller à l’EPSM, déjà bon hein, tu vois, c’est tôt, tout ça, et en plus, il a neigé toute la nuit, temps de fripouille montagnarde, bref, pas motivée la Pétro. J’y vais quand même. En chemin, je me perds, je rate la sortie de l’autoroute, bref, je devais arriver à 8h30, j’arrive à destination à 8h45. Bon cela dit, j’arrive, et la salle est vide. Ben oui en fait ça commençait à 9h. J’m'a dépêchée pour que dalle. Merdoum.

Je m’installe, je fumouille une clopouille et fait connaissance avec une jeunette qui était arrivée tôt et qui bosse en cuisine à l’hôpital psychiatrique de là où c’est loin de chez moi. Déjà là je me dis “que va-t-on pouvoir me raconter que je n’ai en commun avec cette demoiselle, charmante au demeurant, mais travaillant en cuisine à l’autre bout du département…?”. La question était posée.

La réunion commence, on nous distribue un programme. Et là, la question précédemment posée semble tout à fait d’actualité : rien ne semblait vraiment me concerner.

La réunion débute donc avec 20 minutes de papotage sur le bureau des ressources humaines de l’EPSM (qui ne se trouve pas du tout là où je travaille…). S’en suivent :

- 20 minutes sur le protocole d’admission des patients à l’hôpital psychiatrique. A savoir que tu dois remplir le papier rose, puis le transmettre au service, qui te rendra le document bleu, que tu dois faire tamponner…. bla bla bla…. et les effets personnels du patient, ya un protocole à respecter, le coffre, le trésor public, patin couffin. Oui ok, sauf que nous, on n’accueille aucun patient. Donc ca ne me concerne pas.

Puis :

- 20 minutes sur la pharmacie de l’hôpital psychiatrique. Comment retirer des médicaments ? Quels formulaires remplir ? Quels délais pour obtenir des préparations ? Les horaires d’ouverture ? Là encore, du vide pour moi qui ne médique aucun patient. Toute façon, on ne parlait toujours pas de nos locaux.

Puis :

- 20 minutes sur le protocole d’évacuation de l’hôpital psychiatrique en cas d’incendie, ou de fuite de gaz. Où se trouvent les alarmes ? les extincteurs ? Les bip anti-agression ? Mais ça concernait quoi ? L’hôpital psychiatrique, bien entendu, donc toujours peaud’zob pour nous.

Puis :

- 20 minutes sur les futurs nouveaux locaux de l’hôpital psychiatrique, qui ouvriront dans 3 ans, enfin si tout va bien, et yaura 163 lits, et ce sera beau, ce sera bio, ce sera écolo, tout sera trop bien super youpi. Oui mais ça ne nous concerne pas. Là je bouillais déjà pas mal.

Puis :

- 20 minutes (par THE BIG BOSS en chef) sur l’organigramme de …. j’vous l’donne en mille : l’hôpital psychiatrique. Avec la totale : le nom des personnels, leur numéro de poste pour les joindre, leurs emplois du temps “elle travaille de 8h à 12h puis de 14h à  16h”…. arghlll…. ça ne finira donc jamais ?

Puis : (et là c’était le bouquet je crois… le florilège….)

- 20 minutes animées par le chef de la cantine. Qui nous a narré son expérience, ses cahiers des charge, tous les régimes auxquels il devait faire face, le matériel super trop bien youpi qu’il aura quand le nouvel hôpital psychiatrique il aura ouvert en 2177…. et surtout… surtout…. surtout…. le drame. SON drame. Il a pris l’air grave, le monsieur. Il rigolait pu, et je te jure que c’était pu du tout youpi tralala. Là, tu sentais qu’il mettait le doigt sur un véritable cauchemar pour lui, et à en croire son introduction, pour TOUT le personnel et les habitants de….. l’hôpital psychiatrique. A savoir que : A l’hôpital psychiatrique, ils font de super bons gratins, et aussi de délicieux croque-monsieur. Exquis qu’il a dit, et faits maison avec leurs petites papattes (ils sont 16 en cuisines, enfin entre 12 et 14 mais 16 personnels mais bon, faut que ca tourne, il nous a expliqué.) Bref revenons à nos gratins. Quand ces fameux gratins et croque-monsieur sortent des fours de la cuisine, ils sont dorés, croustillants, et (important) à 180°, pas plus pas moins. Alors, ils les placent en barquette, parce qu’ils sont obligés, c’est la norme 1041 ou un machin comme ça, là où on te dit que ça doit être du plat individuel, tu vois. Niveau économie, comme ça, tu comptes en barquettes, et hop, pas de pertes. Et c’est là que ça se corse, parce qu’en plus de la barquette, ils sont obligés de mettre…. un film plastique dessus. Et oui, norme sanitaire qu’il a dit le monsieur. Donc, je récapitule : gratin ou croque-monsieur doré et croustillant, mis en barquette avec un film plastique dessus. Et là, le gars, il dit “et c’est ça tout notre problème : avec la chaleur, ca fait de la condensation, qui s’écoule sur le gratiné, et le gratiné, ben il est pu gratiné, il est mouillé. Et c’est moins bon. Le croque-monsieur devient une véritable éponge. C’est un problème insoluble tant que nous serons soumis aux normes 1041.”

Larme à l’oeil par tant de conscience professionnelle. Respect. Le gars qui s’émeut sur son croque-monsieur mouillé, franchement, chapeau. J’applaudis.

Mais là, ce fut trop pour moi. Et j’ai dit stop. Une fois la feuille d’émargement signée, je me suis taillée, barrée, cassée. J’ai tracé la route, j’ai filé, je me suis sauvée et j’ai fui. Grands Dieux. Sainte Marie Mère de Jésus. Cette journée de meeeeeeeerde me rendrait presque pieuse. C’est te dire.

Depuis jeudi, je n’ai pas recroisé le Chef-de-Service- Gentil. Juste vite fait tout à l’heure dans un couloir où je lui ai dit “Monsieur le Chef-de-Service-Gentil, le 5 mars, c’était vraiment un vilain traquenard….” Il m’a fait un clin d’oeil et m’a répondu l’air candide “Oh comme je suis surpris…. j’ai hâte d’entendre votre compte-rendu à la prochaine synthèse !”. Je sens que ça va être la grosse marrade, à la prochaine synthèse, parce qu’alors, chef de service en face de moi ou pas, je ne macherai pas mes mots !

J’attends également avec impatience une feuille d’appréciation de la journée, que la super secrétaire des RH doit nous envoyer pour qu’on dise ce qu’on a pensé. Et ça aussi mon petit pote, j’ai deux trois trucs à dire.

Je suis moyennement motivée pour te raconter mon embauche avec le Petit-Chef-Qui-Se-La-Pète. Je reporte donc cette tâche à plus tard. Synchronisation des montres. Parker Lewis, Dieu ait ton âme, tu as rendu ma jeune adolescence heureuse et rieuse. Pourquoi je dis ça moi ? Il est tard, on va mettre ça sur ce compte-là. Oui mêdême, 21h06 c’est tard pour moi.

Alors, petit lecteur perdu que je ne reverrai probablement jamais, je te salue bien bas et te dis “ASTA LA VISTA BABY”

Affectueuses caresses orthophoniques sur ton épiglotte,

Pétronille.

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